ACCUEIL       À PROPOS       NOTRE HISTOIRE       ATTRAITS ET ACTIVITÉS       NOUS JOINDRE
Loading
      Archives des nouvelles       L'album photos

Marcel Sicard en compagnie de sa fille Caroline Sicard et de sa conjointe Élaine Chalifoux. Photos MARTIN ROY, LE DROIT

Le grand jour de Marcel

CHRONIQUE / Le métier de chroniqueur nous amène à découvrir de curieux personnages. Et Marcel Sicard en fait assurément partie.

L'homme de 71 ans a beau être sur son lit de mort, il n'a qu'une idée en tête : publier son quatrième et dernier roman avant de pousser son dernier souffle. Avec l'aide de ses proches, il a obtenu le feu vert pour lancer son livre de l'intérieur des murs de l'hôpital de Gatineau, où il séjourne depuis quelque temps aux soins palliatifs.

Texte reproduit avec la permission du Journal LeDroit

C'est dans sa chambre d'hôpital que je l'ai rencontré lundi, le visage émacié par le cancer, mais l'oeil vif et espiègle. Il était entouré de sa conjointe Elaine Chalifoux et de sa fille, Caroline Sicard, une danseuse professionnelle qui faisait partie de la distribution du spectacle de Céline à Las Vegas.

Il y avait aussi sa petite-cousine Paulette Latulippe. C'est elle qui m'a écrit pour me convaincre de rencontrer Marcel : « Un écrivain connu de la région est sur le point de sortir son dernier livre car la mort va l'empêcher de nous faire découvrir encore plus son talent », regrettait-elle.

Bref, c'est ainsi que je me suis retrouvé dans la chambre que Marcel Sicard partage avec une autre dame, aux soins palliatifs. On a fait l'entrevue en chuchotant car la dame dormait, juste de l'autre côté du rideau...

Pour être franc, je ne connaissais pas du tout Marcel Sicard.

Originaire de Gracefield, il a commencé à écrire des romans à la retraite, après un voyage en Alberta où il s'était exilé pour se guérir d'une peine d'amour. Il a testé ses premiers manuscrits auprès de gens rencontrés dans un McDo où il avait ses habitudes. « Les gens lisaient et me disaient qu'ils aimaient ça. Alors ça m'a donné des ailes pour continuer », raconte-t-il.

Sa trilogie Trop belle pour être heureuse met en scène des personnages de la Haute-Gatineau dans un paysage des années 1950. Les 1000 exemplaires du premier tome, La Belle Yvette, sont presque tous écoulés. Le second tome, Le beau Rhéal, a obtenu un coup de coeur du mois chez Renaud-Bray. Il compterait un fidèle public dans la région qui attend avec impatience la publication de son 4e tome. « Marcel, c'est un peu le Fred Pellerin de Gracefield », m'explique Paulette.

Dans ses romans, Marcel raconte l'Outaouais des années 1950 à travers ses personnages d'Émile, Yvette ou Rhéal. Il décrit une époque révolue à travers ses virées dans les bars d'Ottawa, ses séjours chez sa tante Noëlla à Eastview (l'ancien Vanier) et ses visites en autobus à l'expo du Canada Central, au parc Lansdowne. Sans oublier ses conversations avec le cuisinier du mythique restaurant Mellows dans le marché By.

Son personnage du bel Émile est décrit comme un « charmeur né et tombeur invérété ». J'ai lancé un clin d'oeil à Marcel. Émile, c'est un peu vous, ça ? Il a souri, un sourire pâle à cause de la maladie. Mais dans ses yeux, j'ai vu passer l'éclair du séducteur. « Oui, un peu », concède-t-il.

Et le voilà parti à raconter son coup de foudre pour Nicole, celle qui allait devenir sa première femme. « J'ai vu cette beauté qui sortait du cinéma de Paris, rue Laval, à Hull. Je me suis collé près du trottoir, au volant de mon convertible. Du Elvis Presley jouait en sourdine dans mon 8 tracks... Et je lui ai dit : ça te dirait de faire un tour de char ? » Nicole a fini par accepter... à la deuxième tentative.

À cause du char ou de toi ?, ai-je taquiné Marcel. Il a ri. « Les deux, je pense. Elle a aimé mon côté ploqué. » Ploqué ? Oui, mon côté audacieux !, traduit-il.

Alors voilà, je n'ai pas lu ses livres. Je ne sais pas si Marcel est un bon écrivain, mais c'est un sacré bon raconteur. La famille apprécie beaucoup que l'hôpital ait accepté de faire le lancement du 4e tome a l'intérieur même de ses murs. La date n'est pas encore arrêtée pour le lancement du dernier roman qui s'intitule : Le grand jour.

Et nul doute que pour Marcel, c'en sera tout un.

Source originale du texte >>

Conditions d'utilisation                Copyright © Tous droits réservés - Municipalité de Lac-Sainte-Marie